Charlatans et Charlatanes dans le répertoire de Charles-Simon Favart
#Un premier corpus à examiner concerne la période comprise entre 1735 et 1759. Il s’agit principalement de pièces jouées à la Foire ou à la Comédie-Italienne à une époque où les termes d’empirique, opérateur et arracheur de dents peuvent être considérés comme des synonymes du mot charlatan.
Scènes détachées pour la Foire de Bezons, 1735
Dans les Scènes détachées pour couper la danse dans le ballet de la Foire de Bezons17et dans la pantomime Scène pour l’Opérateur18 contenues dans le manuscrit 9325 du fonds français de la Bibliothèque nationale de France, l’opérateur et sa femme vantent leurs drogues. Les trois petits dialogues qui constituent l’ossature des scènes détachées19 montrent bien que le charlatan, en tant que personnage de Foire, fait partie d’une mise en spectacle du petit peuple de Paris20. Ce personnage fait une harangue au public dans laquelle il signale qu’il a rendu la vie à un homme qui vient de s’étouffer à la troisième représentation de L’Amante en tutelle21. Par ce biais, Favart# opère une critique de l’actualité théâtrale et pointe une comédie en trois actes en vers avec prologue de La Vallette, représentée à la Comédie-Française le 17 août 173522. Après une présentation de son personnage, exaltant ses richesses et ses prétendues origines nobles, le charlatan montre habilement qu’il n’a pas besoin de gagner d’argent pour vivre ; il tente ainsi de persuader les spectateurs de sa bonne foi et de l’efficacité de ses remèdes. Son discours publicitaire met en relief sa connaissance de la nature humaine et sa capacité à en profiter, il insiste sur ses qualités d’acteur :
J’ai cru ne pouvoir mieux employer mon bien qu’à chercher à me rendre utile aux humains, à cet effet je n’ai rien épargné pour acquérir la parfaite connaissance des simples, et j’y ai si bien réussi que je puisse me vanter qu’il n’y a rien dans la nature qui me soit inconnu, profitez messieurs du moment, je vais vous faire une courte dissertation de mes remèdes et de leur propriété23.
Ce charlatan utilise ses remèdes pour soigner des spectacles « malades24 » et peut être rapproché des personnages pivots des nombreuses pièces « à tiroirs » jouées à la Foire à l’époque, qui permettent de connecter l’apparition d’une galerie d’acteurs coordonnés, grâce à la présence d’un médecin animant le cadre25. La scène de l’Opérateur précède celle du Savoyard26, autre personnage du Pont-Neuf récurrent dans les répertoires du couple Favart##, dans le cadre d’une écriture théâtrale qui doit être vue comme un travail de recyclage et de remaniement permanent des répertoires27. Ce premier exemple de charlatan relève de l’utilisation d’un bas corporel ramenant autant à l’ancienne tradition des Foires qu’à la parade de société28. C’est l’acteur Lécluze# qui l’incarne et par son intermédiaire, Favart# fait une critique des imposteurs qui sévissent en société, tout en donnant un portrait humain de ces personnages animant les rues de Paris.
Les Fêtes villageoises, 1740
Dans la parodie de Favart#Les Fêtes villageoises, jouée le 30 août 1740 à la Foire Saint-Laurent et ciblant LesFêtes vénitiennes de Campra#, sur un livret de Danchet, Charles-Simon Favart# crée un autre opérateur grâce à l’acteur Louis Lécluze#. Le soir même de la première, dans la vraie vie, ce dernier est mêlé, en tant que témoin, à une affaire de vol de la part de M. Gaulaurd, un de ses amis chirurgien-dentiste, ce qui montre une continuité entre l’acteur des pièces de Favart# et le charlatan vu comme personnage en marge29. La parodie en vaudevilles dont le manuscrit est conservé à la Bibliothèque nationale de France30 prend pour cible des extraits choisis des trois entrées de l’opéra-ballet de Campra# et Danchet31, respectivement Les Divins de la place Saint-Marc et Le Bal et L’Amour saltimbanque. Dans la parodie de Favart#, les divins sont un groupe de comédiens bohémiens venant jouer pour le seigneur du village et pour sa femme. Favart# construit un personnage de Bohémienne, actrice et directrice de la compagnie, dont la jeune fillette de village Julie est l’émule. Cette Bohémienne est une sorte de charlatane par sa modalité de vie itinérante au sein de la troupe. Quant à l’Opérateur, véritable charlatan de cette pièce en vaudevilles, il apparaît à la scène treize, dans la partie parodiant L’Amour saltimbanque. Il est aussi indiqué sous le nom de Mercure et tente de guérir le naïf Colin de sa « maladie » d’amour. Une grande affinité entre la parodie et l’œuvre cible est à relever et celle-ci se dessine d’ailleurs déjà dans le choix du lieu de déroulement de l’action de l’opéra-ballet : une place publique, lieu extérieur similaire aux Foires. Le livret de Danchet signale la présence de masques de la Commedia dell’arte, ce qui confirme encore cette affinité32. Par ailleurs, dans le livret de Danchet, l’Amour est revêtu d’ornements comme un saltimbanque et l’auteur souligne qu’il n’est qu’un imposteur, ce qui montre la centralité du concept d’imposture dans l’œuvre cible. C’est sur ce point que Favart# développe son ouvrage parodique et son personnage de charlatan :
Mercure
Oui, l’amour s’est fait vendeur de Mithridate, il s’est associé avec moi. L’associé de l’amour doit être Mercure.
Les vaudevilles soulignent les pouvoirs quasi magiques du charlatan qui se compare ici à un fantôme donnant une fiole aux amoureux, tout en leur expliquant que leur mal ne vient que d’aimer :
L’Opérateur
Air : Laissons-nous charmer
Mon baume divin
Rafraîchit le teint
Augmente la santé ;
Produit la gaité.
En toute saison.
On le prend sans façon.
Il n’a point de dégoût
Le guérit de tout33.
L’Empirique, 1743
L’utilisation du charlatan est aussi liée à un questionnement sur le naturel au théâtre dans le cadre des productions de la Foire, où les auteurs tentaient incessamment de codifier leur esthétique par la voie du jeu métathéâtral. Ainsi en 1743, dans L’Empirique, parodie en prose et vaudevilles, créée au théâtre de l’Opéra-Comique, de la Foire Saint-Laurent, Favart# donne à son charlatan le statut de double parodique du Mahomet# de Voltaire#34. Dans cette pièce, notre dramaturge crée un personnage trompeur, espiègle et séducteur qui prétend guérir à travers ses boniments et ses potions. Le choix du nom Marmouset pour ce personnage d’empirique évoque une figure grotesque de singe, qui permet de mettre en relief le côté malicieux et trompeur du charlatan ne sachant que « singer » l’art de la médecine. Ce rôle comique se rapproche de l’image d’un alchimiste en quête de la pierre philosophale35, et emprunte son caractère aux ballets burlesques du xviie siècle. Il s’agit d’une sorte de comte de Gabalis, dont Paracelse# est la référence principale36. Ce charlatan aurait pu travailler avec son homologue, Sot père, vrai médecin de village et personnage antagoniste dans la pièce, mais les résistances de ce dernier, offensé à l’idée de céder sa place à un empirique ne le permettent pas. Ce charlatan doit se contenter d’exploiter la crise de la médecine pour vendre une eau qui ne fait ni mal ni bien. Par le biais de la parodie, Favart# tire profit de l’occasion pour faire référence à une vraie dispute opposant les médecins et les chirurgiens, laquelle se termine en 1749 avec l’acquisition pour ces derniers des droits et des privilèges de leurs adversaires. Le dramaturge pointe par ailleurs les défauts du théâtre de Voltaire#, tout en remarquant le manque de vraisemblance et de clarté de sa tragédie. Favart# accuse en particulier la redondance du personnage Jouflar/Omar, lequel n’arien de « naturel » selon lui ; il procède aussi, en la personne de Marmouset, à une dégradation de l’héroïsme de Mahomet#. Il accuse enfin Voltaire# de prétention, s’agissant de faire du nouveau en traitant du fanatisme37. L’auteur utilise en outre sa parodie pour faire une allusion au « voyage forcé » de Voltaire# en Angleterre. Favart# dénonce les impostures, tout en se questionnant sur la validité de la médecine officielle de l’époque, et le charlatan-empirique de cette pièce est probablement encore joué par Lécluze#38.
Acajou, 1744
La question du charlatan est bien reliée à une mise en abyme de la profession médicale et en 1748, au théâtre de la Monnaie à Bruxelles, Favart# se moque encore de la médecine dans Acajou, opéra-comique en trois actes et en vaudevilles, tiré d’Acajou et Zirphile, conte féerique de Charles Duclos39. La pièce a déjà eu un succès immense lors de la Foire Saint-Germain de 174440, et elle est reprise plus tard à la Comédie-Italienne. Favart# y met en scène le personnage de Mortifer, président de la faculté de médecine et maître d’armes. Ce rôle, qui est en même temps celui d’un militaire et d’un docteur qui sauve des vies, est encore tenu par Louis Lécluze#41. Dans ce contexte, le personnage d’Acajou invite le charlatan à pratiquer des opérations chirurgicales sur ses patients. Comme dans L’Empirique Favart# fait ainsi référence à la dispute entre les médecins et les chirurgiens :
Mortifer
Non, je ne sais que démontrer :
Ce n’est pas à moi d’opérer.
Ma main en serait avilie ;
C’est le fait de la chirurgie42.
L’année suivante, l’acteur Lécluze# est nommé dentiste du roi-duc Stanislas Leszczynski#, duc de Lorraine, qui réunit autour de lui les artistes et les grands esprits du temps dans le château de Lunéville. Peu après, en 1750, Lécluze# écrit son premier ouvrage sur l’odontologie, Traité utile au Public, ce qui montre ses compétences et sa crédibilité en tant que dentiste et spécialiste de la matière. Cette nomination fait écho aux relations que les Favart## entretiennent avec le roi-duc.
Stanislas Leszczynski en roi charlatan
#Parallèlement au travail pour les théâtres publics, Favart# œuvre pour les théâtres de société avec sa femme Justine, autrice et artiste polyvalente43. Cette activité s’intensifie dans la période 1756-1762, lorsque les liens du couple avec l’aristocratie s’intensifient grâce à Cécile Thérèse Pauline Rioult de Curzay (1707-1787), mieux connue comme marquise de Monconseil#, protectrice des Favart## et organisatrice des fêtes théâtrales dans sa demeure de campagne appelée Bagatelle. La marquise, qui a été dame d’honneur de l’ex-reine de Pologne, Catherine Opalinska, est amie du roi-duc Stanislas Leszczynski#, premier mécène de Justine Favart#44.
Les manuscrits des spectacles de Bagatelle, dont la plupart sont d’inspiration pastorale et reprennent la tradition italienne des fêtes princières, témoignent du fait que ces lieux sont des bancs d’essai pour les Favart##. Ils attestent du mélange d’artistes connus et d’acteurs non professionnels, dans un esprit de salon très productif et dans une ambiance à l’enseigne de l’entre-soi et de la raillerie d’initiés. Ces évènements mondains permettent d’autre part de saisir la place des pratiques médicales à Bagatelle. Il faut ainsi constater que l’inoculation de la petite vérole est un sujet cher aux Philosophes mais seulement à certains scientifiques de l’époque45, quand, au printemps 1766, La Fête du château de Charles-Simon Favart# marque l’évènement de l’inoculation de la petite-fille de Mme de Monconseil# contre ce mal. Dans cette pièce, la pratique médicale est un prétexte au déroulement de la double intrigue amoureuse entre Colette et Jacquot et entre Mme Jordonne et M. Gentil46. Ce dernier, qui est médecin, montre sa déception pour le manque de gratitude et d’égards de la part de son public. Le mot « piqûre » est alors employé comme prétexte à des propos galants, en plus d’indiquer un geste providentiel : « C’est un mal qui fait du bien 47». Dans un contexte mondain et libertin, Favart# soutient l’inoculation grâce à son théâtre. Ce nouveau geste médical permet de sauver des vies et de sauvegarder la beauté des jeunes filles, autrement condamnées à être défigurées, en cas de guérison48, alors que l’amour peut être considéré comme une cause de ce mal, qu’on ne connaît pas encore assez par rapport aux soins et aux moyens de transmission49. La pièce est reprise à la Comédie-Italienne en septembre de la même année50.
C’est encore dans ce contexte de salon mondain que le personnage de charlatan apparaît sous un nouvel aspect lorsque pendant une fête à Bagatelle en l’honneur de Stanislas en 175951 on joue Les Comédiens du Mans en Flandres de Favart#. Ainsi, dans Les Fêtes villageoises, le dramaturge exploite le côté itinérant et l’aspect divinateur du charlatanisme. De même, dans la parodie des Fêtes vénitiennes, Favart# crée une Charlatane-Bohémienne chargée de mettre d’accord une troupe d’acteurs itinérants sur la typologie de pièces à représenter, un rôle interprété par Justine Favart#52. Il s’agit d’un opéra-comique métathéâtral inspiré du Roman comique de Scarron# où la Charlatane doit être vue comme une directrice de troupe indiquant non seulement les modalités de représentation mais aussi la facture et les procédés de la louange au mécène :
| Les précédents, La Charlatane |
| Paix là, Messieurs, paix là ; |
| Ô ciel ! Quel bruit ! Quel tapage ! |
| Contez-moi vos raisons, je vous mettrai d’accord |
| Mme La Caverne (la directrice de la troupe) |
| À plaire à Stanislas chacun de nous s’applique |
| J’ai fait dans ce dessein un ouvrage en musique |
| Oh sa gloire suprême éclatera sans vous, |
| Elle parle assez d’elle-même […] |
| Ces soins sont au-dessus de nous |
| Autant qu’il est lui-même au-dessus de l’éloge53. |
Cet éloge de Stanislas amène à décrire le roi-duc comme un véritable charlatan, ce qui permet d’introduire la description du caractère, des goûts et de la personnalité de ce monarque, autant poète que bon acteur54, au point qu’on le connaît pour avoir traversé incognito l’empire déguisé en marchand rhénan, pendant qu’un sosie s’embarquait à Brest sur un vaisseau du roi55. Ainsi, après avoir signalé que la fête peut enfin avoir lieu56, Favart# introduit le compliment au roi-duc :
| Enfin donc je vous tiens, sire, et je vous attrape. |
| Depuis longtemps je ris sous cape. |
| En préparant ce tour à votre majesté : |
| Elle comptait encore aujourd’hui me surprendre, |
| Mais j’avais des espions qui m’ont beaucoup coûté, |
| Ils m’ont instruit du jour qu’on devait vous attendre. |
| Sire, avouez de bonne foi, |
| Que j’aurai du talent pour la supercherie ; |
| Et pour mon coup d’essai, je crois sans flatterie |
| Que c’est bien débuter que d’attraper un roi. |
| Maître célèbre en tromperie. |
| Je sais vos malices par cœur |
| Et j’ai tout le détail de leur chronologie57. |
En annonçant la pièce, le jeu métathéâtral instaure un double registre, où le roi-duc apparaît comme un mécène, dont la vie, les actions, le pouvoir séducteur et l’habileté à jouer la comédie sont mis en lumière :
| Dans le printemps de votre vie |
| On prétend qu’en amour vous étiez fort trompeur. |
| Ce sont de ces tours sans excuse ; |
| Mars vous a couronné des plus brillants lauriers, |
| Et vous êtes au rang de nos héros guerriers58. |
Comme dans Acajou, Stanislas est ici dépeint en militaire, une figure que Favart# valorise, en l’associant à celle du prélat savoyard François de Sale, auteur de l’Introduction à la vie dévote, célèbre pour son éloquence empreinte de calme et de persuasion :
| Vous savez allier le courage à la ruse ; |
| J’ai grande opinion de votre probité, |
| Mais avez au jeu bien de l’habileté : |
| Peut-être rendez-vous la fortune inégale ; |
| Cela n’empêche pas d’être un grand Saint, dit-on, |
| Je n’en veux pour témoin que Saint François de Sale |
| Que l’on a taxé d’être un tant soit peu fripon. |
| Votre savoir magique amoureux du prodige |
| Paraît aux Éléments donner un cours nouveau59. |
Le dramaturge souligne la capacité de Stanislas à émerveiller ses courtisans par son pouvoir de séduction « charlatanesque », déployé à travers la magnificence de ses châteaux, dont les jardins somptueux offrent un cadre idéal à l’organisation des fêtes théâtrales60 :
| À nos regards trompés vous offrez un château : |
| Veut-on approfondir le charme du prestige |
| On est surpris de voir ce que n’est que de l’eau. |
| Votre majesté semble épuiser son trésor61, |
Enfin, Favart# souligne une nouvelle fois la capacité séductrice du charlatan Stanislas, qu’il utilise pour magnifier les œuvres du souverain bienfaisant dans différents domaines :
| Mais vous en réservez pour soutenir encor |
| Le pauvre, l’orphelin, les arts et les sciences |
| Sont bien embarrassés, vous les attrapez, sire ; |
| Et pour vous garantir de tous les traits flatteurs, |
| Vous en faites cent fois plus qu’ils n’en peuvent dire ; |
| En un mot vous mettez tout le monde en défaut, |
| Excepté moi pourtant, qui suis encore plus fine : |
| Dussiez-vous m’en faire la mine, |
| Cela ne me fait rien, il faut |
| De nos amusements écouter les mélanges ; |
| À votre majesté le tout est adressé ; |
| Et nous la forcerons d’entendre ses louanges |
| Pour la punir des tours de l’an passé62 |
En peu de lignes le dramaturge décrit le roi artiste63, homme de lettres, passionné de magie, d’architecture et de jardins. Il révèle les multiples facettes de la personnalité de cet homme à la fois dévot et philosophe64, ardent défenseur des progrès des sciences. La louange se fait dans le contexte d’un spectacle conçu en bonne entente avec les hôtes qui participent en première personne65, et elle se conclut sur l’utilisation d’une musique sur le refrain À trompeur, trompeur et demi directement inspiré du Roman comique de Scarron#66. Les couplets permettent de mettre en scène de manière métathéâtrale autant le mécène que les acteurs qui le célèbrent. L’éloge se conclut avec quelques mots en italien convoquant la tradition de la Commedia dell’arte67. Le parallèle entre le prince et le charlatan68 prend l’allure d’une émulation ironique du roi-duc, montrant l’importance de ses idées et de ses œuvres, de sa bienfaisance et de son engagement dans le progrès des sciences et de la médecine. Rappelons que Stanislas avait concrètement contribué à une reconfiguration des profils médicaux, avec la création d’un Collège royal de médecine, dans lequel des spécialistes pouvaient échanger directement sur les expériences pratiques de leur profession69.
Cette esquisse d’étude des charlatans dans le répertoire du couple Favart# ramène à la représentation des métiers et des publics de rue de la capitale au xviiie siècle, tout en communiquant des informations sur le développement du théâtre de tradition italienne en France. En outre, elle permet de mettre en relief les différentes facettes de la personnalité de l’imposteur en tant que médecin empirique et acteur. Dans ce contexte, l’exemple de l’acteur Lécluze#, artiste de la foire et praticien dentiste, proche du roi-duc Stanislas Leszczynski#70, montre bien l’importance du charlatan également dans les salons mondains. Dans ces lieux, à l’ambiance libre et décomplexée, la présence du charlatan permet d’esquisser un discours de louange au mécène71. Ainsi ce personnage, qui est à la fois un magicien, un divinateur, un vendeur de remèdes, un hâbleur et un médecin empirique, se profile également comme un roi des charlatans, dévoilant la complexité du concept d’imposture en lien avec l’idée d’une souveraineté éclairée et cosmopolite, à la manière de celle du roi-duc Stanislas72.